Fictions/Réalités

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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 11:47

Mais de quoi il me parle, là? Le voilà qui déblatère sur une poupée de chiffon trouvée dans ses cartons, dont il est incapable de se rappeler la provenance, des rêves érotique avec cette poupée, enfin non, avec cette fille qu'il dessine depuis qu'il est ado, mais dont il est sûr que la poupée est le modèle d'origine...
J'ai la tête qui tourne.
Il passe d'un sujet à l'autre, son boulot, le gars qui a finit à l'asile et qui a "copié" sur lui... Puis il revient à ses rêves, dont il ne se souvient plus du tout, il met ça en parallèle avec son amnésie d'une semaine... Et maintenant il embraye sur le corbeau qui voulait nous faire rompre...

De temps en temps, j'essaie de percer son raisonnement hermétique.
-Pourquoi tu m’as pas parlé d’elle avant? Par exemple, quand j’ai trouvé ce p'tit dessin, dans ton salon?
-On était ensemble depuis peu, comment tu aurais réagi, si je t’avais dit que je fantasmais depuis des années sur une autre fille? Imaginaire en plus?
-Tu trouvais plus intelligent de me laisser croire que c’était ta voisine? Et dans ce cas pourquoi tu as volé des photos d'elle?
-On avait pas dit "Amnistie pour les vieux dossiers"? s'indigne-t-il. De toutes façons, Léah ne m'intéressait que parce qu'elle ressemble à  Aïna.

Mouais, ça paraît... "Sensé"..
Tout ça a l'air parfaitement logique pour lui mais moi je suis larguée. J'essaie malgré tout de rester dans la discussion.

-Et les dessins compulsifs de ce type, là, André Lombardi? Comment tu peux affirmer qu'il t'a copié, alors que tu es sûr de ne l'avoir jamais rencontré?

On remonte à l'appart. Il prend l'album de dessins du cinglé, l'ouvre à la fin, en extrait un document imprimé.
-Tu vois l'en-tête de ce papier? Hôpital Saint Thomas. C'est là où j'ai été soigné, quand j'ai eu cet accident. La date en haut du document, c'est quatre mois après que je sois sorti. Il était là APRÈS moi!
-Et? Ça prouve quoi? Juste que vous êtes passés par le même hôpital, qu'il a... vraisemblablement trouvé un dessin que tu as laissé là-bas, et qu'il l'a copié! J'sais pas, il a du le trouver joli...
-Peut-être que quelqu'un l'a incité à me copier.
-Qui ça?
-Mais Aïna voyons!!

Là, ça devient risible. Paranoïa à deux balles.
En même temps, j'ai pas tellement envie de rire.
Les schizophrènes  parlent à des personnages imaginaires en les croyant réels... Mais, Silvère a toujours su qu'Aïna n'existait que dans sa tête.. Comment a-t-elle pu déborder à ce point le strict cadre de ses fantasmes? Comment n'ai-je pas remarqué plus tôt cette lueur bizarre qui allume son regard à présent? J'ai la sensation d'avoir ouvert une boîte de Pandore. C'est dingue le pouvoir qu'elle a sur lui... Elle a pris toute la place. Il a même appelé son chat comme elle. J'peux pas lutter... Contre la femme idéale.

Soudain il réalise qu'il m'embrouille. Il tente de se reprendre.
-Non, je voulais pas dire Aïna, mais.. Enfin je crois qu'il y a une vraie personne derrière tout ça... Qui se sert d'Aïna, enfin, de son apparence, pour me tourmenter.. Je ne sais pas pourquoi...

Il pousse un grand soupir de lassitude, tête basse.

Puis il se redresse brusquement, l'air inspiré.
-Bouge pas, je reviens.


Il sort de l'appart, je l'entends frapper à la porte d'à côté, discuter avec le voisin. Deux minutes plus tard, il réapparaît, une perceuse sans fil à la main. Après une grande inspiration, il dit :

-On y va.

Nous redescendons à la cave. Il se dirige vers une très grande caisse en bois, dans le fond de son box. Il se tourne vers moi, l'air inquiet.
-On m'a livré ça il y a deux ans. Impossible de savoir qui me l'a envoyée, ni pourquoi mais il y a forcément un lien avec tout le reste. Faut que tu me crois, j'ai JAMAIS utilisé cette chose. Je l'ai même jamais sortie de sa boîte.

Et sans plus ajouter un mot, il retire une à une les vis de la façade.
Et moi, j'attends.
Je m'attends à tout et n'importe quoi, même à voir Marvin bondir hors de la boîte en hurlant, un caméscope à la main... Et les deux larrons se gondoler bruyamment de rire devant ma mine consternée...

La batterie de la visseuse donne des signes de faiblesse et rend l'âme. Il reste deux ou trois vis, et Silvère s'énerve. Il se met à jurer, à donner de grands coups de pied dans le panneau de contreplaqué. Il parvient à glisser sa main derrière, pèse de tout son poids pour l'arracher, et le panneau cède enfin dans un long craquement.

Je m'approche, un plastique translucide cache encore le contenu. Silvère l'arrache. Je fais un bond en arrière. Marvin, connard, tu me paieras ça!
Mais la forme humaine que j'aperçois dans la pénombre ne bouge pas d'un millimètre. Je m'approche à nouveau. C'est pas Marvin. C'est même pas (plus?) vivant.

Silvère reprend la parole.
-C'est... Une poupée en silicone. La réplique exacte d'Aïna, telle que je la dessine. Et ya trop de ressemblance avec la poupée de chiffon pour que ce soit une simple coïncidence.

Je me sens aussi sonnée qu'un boxeur au tapis.
Les infos tournent dans ma tête comme un carrousel infernal.
J'ai encore le mince espoir qu'il soit en train de me faire une blague de très mauvais goût.

Anxieux, silencieux, il attend une quelconque réaction de ma part.
Je prend son visage dans mes mains, je le regarde au fond des yeux. Il a l'air vidé, épuisé par toutes ces révélations.
Est-ce que tout ça est vraiment sérieux?

Après tout, il a subit un trauma crânien, qui sait ce que ça a pu chambouler dans sa tête.

-Écoute, dis-je d'un ton ferme, On va éplucher ces documents en détail, et ensuite on ira à ton hôpital, et on lâchera pas la secrétaire tant qu'elle nous donnera pas les infos qu'on veut. T'es ok?

En guise d'acquiescement, il me serre contre lui.
-J'avais tellement peur que tu me crois pas, murmure-t-il. Merci.

Malgré tout l'amour que j'ai pour lui, je lutte contre l'envie de le repousser pour m'enfuir.

Par Riff - Publié dans : IRL
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Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 00:40

Par Riff - Publié dans : IRL
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Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 23:13

Perplexe. Non, incrédule.

-...Mais t'es où?
-Sur... Une plage... Je sais pas où...
-Qu'est-ce que tu fais à la plage?? Et à une heure pareille?
-Je sais pas... J'me rappelle même pas comment j'suis arrivé là.
-Tu te souviens au moins qu'on devait se voir ce soir?
-Ah bon?
-T'as fumé, picolé? Ou juste tu te fous de ma gueule?
-Je me fous pas de toi! La dernière chose dont je me souviens avant de me retrouver ici, c'est de m'être couché dans mon lit, avec toi, après avoir rangé des cartons à la cave!
-Des cartons? Ceux qu'on a rapporté de chez ton père? Mais Silvère, ça remonte à une semaine!...
-Quoi?? Quel jour on est?!

Pas incrédule, sidérée.
Un dialogue de fou. Il ne se souvenait pas de m'avoir mise à la porte le week-end dernier. Il ne se souvenait pas de ce qu'il avait fait hier, ou les jours précédents. En fait, c'était comme s'il avait dormi pendant une semaine.

Il avait l'air complètement largué, et je sentais au ton de sa voix qu'il commençait à paniquer. J'ai pris les choses en main. Déjà, trouver un point de repère autour de lui. Dans la nuit tombante, il a finit par identifier le cabanon de plage de mes parents. Mais qu'est-ce qu'il était allé foutre là-bas?? Bien entendu, il ne savait pas non plus.

-Ok, tu bouges pas de là, j'arrive!
-Est-ce que j'ai vraiment le choix? a-t-il dit d'un ton amer.
J'ai raccroché, et je me suis mise en route. Pas assez de forfait pour une dispute au téléphone.

Adieu la soirée sexy.
Bordel, ça valait le coup de passer l'après-midi à me pomponner pour lui!

Deux heures plus tard, j'étais sur place. Il s'est planté dans le faisceau des phares en agitant les bras comme un naufragé.
-J'ai eu peur que tu viennes pas, dit-il en bouclant la ceinture de sécurité.
-Bonjour la confiance...
Il a ouvert la boîte à gant et s'est emparé de mon paquet de cigarettes. Il grelottait. Ses mains tremblaient en tenant l'allume-cigare et la clope.

-Je croyais que tu essayais d'arrêter de fumer?
-J'vois pas de quoi tu parles
a-t-il rétorqué sans un regard.
Il n'a plus dit un mot de tout le trajet.
Il n'en a pas dit davantage une fois de retour à son appart.

Aïna, par contre, après une minute d'hésitation, s'est mise à miauler et se frotter contre lui comme s'il avait été absent pendant des jours. Silvère s'est assis sur le canapé, caressant machinalement le chat qui ronronnait bruyamment sur ses genoux.

À mon tour j'ai allumé une clope. Je faisais les cent pas devant le canapé. Silvère, lui,  ne bougeait pas.

Les yeux rivés sur le parquet, il ne voyait ni mon décolleté, ni mon string en dentelle sous la mini-minijupe que j'avais du enfiler en apnée.
Je me suis sentie lasse. Lasse, inutile, et triste de le voir si enfermé en lui-même. J'ai remis mon manteau, et je me suis plantée devant lui.

-Je rentre chez moi. Je viens de me taper quatre heures de bagnole pour te rapatrier, j'suis vannée. Je comprends pas ce qui t'arrive et visiblement t'as pas envie d'en parler, mais j'en ai marre de devoir te tirer les vers du nez. À plus.

Et au moment où je me tournais vers la porte, il a saisi ma main, l'a couverte de baisers. Il tremblait à nouveau. Non, il ne tremblait pas, il sanglotait en silence. Je me suis assise à côté de lui, et il s'est effondré sur moi en murmurant "Me laisse pas, me laisse pas..."


Des fois, je donnerais cher pour savoir ce qui se passe sous son crâne de piaf.

Par Riff - Publié dans : IRL
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